Jusqu'à tout récemment, adapter un jeu vidéo au cinéma était synonyme d'échec assuré. La sortie de Sonic the Hedgehog et, surtout, The Super Mario Bros, a complètement changé la donne. Il était maintenant possible d'attirer les foules sans s'attirer les foudres de la critique. Évidemment, rien n'est encore parfait comme le prouve la débandade de Borderlands, mais A Minecraft Movie ne devrait pas décevoir sa légion de fans.
Ce n'était qu'une question de temps avant qu'une transposition cinématographique de ce phénomène vidéoludique voit le jour. Sorti en 2011, Minecraft représente toujours aujourd'hui le jeu vidéo le plus populaire de l'histoire, étant vendu à plus de 300 millions d'exemplaires. Mais, défi de taille, comment tirer un film à partir d'un jeu qui ne possède aucune histoire? Pas moins de cinq scénaristes se sont prêtés au jeu... pour ce long métrage qui ne brille pas pour la qualité de son récit!
L'introduction expédiée à la vitesse de l'éclair est là pour diffuser le maximum d'informations. Les passages obligés sur ce monde inventé par Steve (Jack Black), ses possibilités et ses enjeux à accomplir risquent de donner le tournis aux néophytes. Quant aux admirateurs, ils chanteront en choeur Just Can't Get Enough, le célèbre hymne de Depeche Mode, qui se fait justement entendre à l'écran. Ils devront toutefois prendre leur mal en patience avant de plonger dans cet univers.
Car une seconde introduction apparaît et celle-ci se déroule dans le monde réel. On y fait la rencontre d'un lutteur (Jason Momoa) qui tire le diable par la queue, d'un frère (Sebastian Hansen) et d'une soeur (Emma Myers) qui viennent de déménager en ville, et d'une apprentie agente immobilière (Danielle Brooks). On y reconnaît aisément la touche de son réalisateur Jared Hess qui, de Napoleon Dynamite à Masterminds, adore faire ressortir l'absurdité et le ridicule du quotidien. Il n'y aura rien à prendre au sérieux dans le long métrage et c'est tant mieux.
Dès que s'effectue le passage entre les mondes, qui n'est pas sans rappeler les derniers épisodes de Jumanji ou The Lego Movie, le plaisir peut commencer. L'univers original de Minecraft ne manque pas de richesse et le film reprend à son compte son visuel cubique immédiatement reconnaissable. Les connaisseurs seront ravis des nombreux clins d'oeil offerts au jeu vidéo, tandis que les autres raffoleront des hommages au septième art (comme Mad Max: Fury Road, Indiana Jones et Army of Darkness).
Il n'y a pourtant rien de très original au menu. La progression est parfaitement prévisible, tout comme les retournements de situations et les morales omniprésentes. C'est l'exécution qui demeure affûtée. Les enfants seront au septième ciel avec ce mélange de poursuites et de combats, qui baignent dans l'humour, l'aventure et l'émerveillement. Alors que les plus vieux pourront rire - ou pas - des nombreux gags et jeux de mots, dont ceux qui se déroulent dans le monde réel et qui concernent principalement Jennifer Collidge (son personnage n'est pas si éloigné de celui qu'elle campait dans la série American Pie).
L'ensemble compte surtout sur un duo improbable qui permet de mieux faire avaler la pilule. Jason Momoa délaisse enfin les rôles monolithiques d'Aquaman et de Fast X pour prouver qu'il possède un réel talent humoristique. Son lutteur The Garbage Man, incroyable croisement entre Macho Man et Bret Hart, s'avère souvent truculent. Face à lui, Jack Black ne s'en laisse pas imposer et il retrouve le cinéaste qu'il l'a dirigé dans Nacho Libre, offrant une nouvelle composition en roue libre. Leur chimie palpable atteint des sommets, autant quand vient le temps de se détester que de chanter.
S'il est toujours un peu regrettable qu'un jeu qui célèbre les vertus de la créativité prenne la forme d'un film qui sent la recette à plein nez, A Minecraft Movie risque de plaire à un large public. Il est plutôt difficile de s'y ennuyer lorsqu'on pénètre finalement dans l'univers en place et toutes les cartes sont mises pour une suite, comme le laisse présager une scène cachée à la fin du générique. En espérant que les prochaines adaptations de jeux vidéos - notamment Until Dawn, Mortal Kombat 2 et Five Nights at Freddy's 2 qui doivent prendre l'affiche plus tard cette année - soient aussi satisfaisantes.