Dans les films d'horreur contemporains, les «méchants» de l'histoire symbolisent généralement un mal qui rôde. Repensons par exemple aux doubles diaboliques du Us de Jordan Peele qui représentaient tout ce qui cloche aux États-Unis et l'allégorie sur la peur du sida qui berçait It Follows de David Robert Mitchell. The Woman in the Yard utilise ce schéma en laissant la sphère politique au vestiaire pour mieux se concentrer sur le domaine domestique.
Depuis la mort de son mari, Ramona (Danielle Deadwyler) n'est plus l'ombre d'elle-même. Elle doit pourtant continuer à s'occuper de son fils adolescent (Peyton Jackson) et de sa jeune fille (Estella Kahiha). Un jour, une mystérieuse femme vêtue de noir (Okwui Okpokwasili) apparaît devant chez eux. Sa présence menaçante fragilise toute la famille, agissant comme une épée de Damoclès.
Créant un mystère de polichinelle à partir d'une surprise qui se devine rapidement, le long métrage reprend quelques-uns des thèmes les plus communs du cinéma d'épouvante - le deuil et le chagrin - afin de l'appliquer à l'état de santé de son héroïne. La menace n'est donc pas extérieure, mais intérieure, agissant comme un fantôme insidieux. Une matière première qui, du The Shining de Stanley Kubrick au The Babadook de Jennifer Kent, a fait ses preuves.
Dommage que le scénario n'a rien à dire sur le sujet, se contentant de cumuler les scènes attendues en se privant à la fois de suspense (rien ne tient en haleine) et de frissons (il n'y en a aucun). Le script surfe plutôt sur le drame psychologique rudimentaire, où la raison de la dépression de la protagoniste est expédiée en une phrase. En revanche, la révélation finale parfaitement prévisible est expliquée de long en large et même montrée à l'écran, comme si le récit ne faisait pas confiance à l'intelligence du spectateur.
Après deux décevantes superproductions génériques (Jungle Cruise et Black Adam), le cinéaste espagnol Jaume Collet-Serra revient à l'horreur, là où tout a commencé pour lui il y a 20 ans avec House of Wax. Un genre qu'il a revisité périodiquement, que ce soit avec Orphan et The Shallows. Sauf qu'aucune de ces productions n'était concluante et sa plus récente ne fait pas exception.
Sa façon de titiller l'angoisse se résume à des sursauts gratuits (ces fameux jump scare), des rêves et des ombres qui se baladent. C'est bien peu et il n'y a rien pour flanquer la trousse tant le rythme s'avère léthargique. Surtout que le metteur en scène n'exploite jamais réellement le potentiel entre ses mains: la trame sonore angoissante de Lorne Balfe et la photographie étonnante de Pawel Pogorzelski. Le travail du fidèle collaborateur d'Ari Aster est d'ailleurs assez ingénieux, alternant les somptueux plans extérieurs à ceux, plus sombres et tortueux, qui semblent emprisonner la famille.
Le seul élément qui donne un semblant de crédibilité au long métrage est la composition de Danielle Deadwyler. Celle qui portait le poids du monde sur ses épaules lors du bouleversant Till offre une nouvelle performance impeccable. Elle est capable d'être douce et vulnérable avant de sortir les crocs et de se transformer complètement. Son personnage embrasse la dualité - est-ce une surprise qu'elle décide d'assister à une séance du film Le miroir à deux faces? - et l'actrice le rend à merveille.
Ce n'est toutefois pas suffisant pour sortir l'effort du marasme. Ennuyant et prévisible, The Woman in the Yard ne fera peur à personne, ce qui est toujours fâcheux lorsqu'on se retrouve devant une création horrifique. Peut-être que son réalisateur devrait lâcher le genre et se concentrer sur les films d'action. Les premiers qu'il a mis en scène avec Liam Neeson (Unknown et Non-Stop) étaient plutôt solides, tout comme son récent et divertissant Carry-On. Son prochain projet devrait être une relecture de Cliffhanger, le film culte musclé des années 1990, où Pierce Brosnan marchera dans les traces de Sylvester Stallone. Ça promet.