Le meilleur Lynch?
J'ai adoré Inland Empire. C'est une oeuvre complexe, digne des meilleurs Bergman (Personna en est selon moi une des inspirations). Analysez les incohérences, les transitions entre les univers : ce n'est pas du charabia, ce n'est pas faussement intellectuel, c'est un discours riche et poétique sur la nature du cinéma, des médias et de leurs effets sur nous. La polonaise, dans sa chambre devant la télé, est le personnage central, c'est elle qui regarde la télé, vide, qu'elle remplit du film que nous voyons. Je ne veux pas gâcher le plaisir des cinéphiles, et de toute façon je me trompe peut-être, mais la clé, pour ne pas sortir de l'épreuve Inland Empire avec le sentiment d'avoir été mené en bateau vers nulle part, est la même clé qui permet d'y voir plus clair dans Mulholland Drive et Lost Highway: un personnage en détresse, pour échapper à ses misères, volontairement ou non, s'invente une réalité parallèle, un fantasme, une fuite psychogénique. Tout va bien au début mais très vite la réalité, trop rugeuse à étreindre, revient en force dans le fantasme et y introduit les éléments traumatisants que le personnage voulait justement fuir (c'est le retour du refoulé). Donc la polonaise l'a très, très dure, elle "part" dans l'écran cathodique et s'y perd dans un rêve hollywoodien (l'objectif inavoué des grands studios : happer les consciences), et je vous laisse décoder la suite. Donc, préparez vous à une écoute très active.
Coquille vide
Ce film réunit pendant trois heures tout ce que je ne peux tolérer très longtemps au cinéma : abondance de gros plans de visages qui grimacent, crient, hurlent, rient ou halètent, pénombre qui domine, dialogues vides de sens et limités à la répétition de la réplique précédente sous la forme interrogative, absence d'intrigue véritable déguisée par une caméra braquée sur le visage effarouché de l'actrice principale (Laura Dern) avec en supplément une surexploitation de faciès aux yeux exorbités et à la bouche entrouverte, bande sonore vrombissante comme si un tremblement de terre allait soudainement secouer toute la planète, musique gorgée de violons frémissants qui soulignent à gros traits des regards ahuris, des séquences qui se veulent surréalistes ou absurdes, mais avant tout, faussement intellectuelles (je saurais personnellement à qui attribuer le bonnet d'âne), bref, un scénario totalement décousu, digne d'un réalisateur totalement désabusé qui aurait utilisé un monteur complètement drogué pour mettre bout à bout ses prises de vue exagérément complaisantes.INLAND EMPIRE constitue un tel méli-mélo qu'une chatte n'y retrouverait pas ses petits, alors, que dire des spectateurs! Il faut vraiment être un inconditionnel de Lynch pour apprécier un tel film qui a la prétention de nous faire prendre des vessies pour des lanternes et qui, à part de sa longueur, n'offre que très peu de consistance dans ce mélange raté du rêve et de la réalité.